Taux de pauvreté : les communes françaises où la précarité atteint les niveaux les plus élevés

Pour repérer les villes de France les plus pauvres, le taux de pauvreté est l’indicateur le plus direct. Il mesure la part des habitants vivant sous le seuil de pauvreté. Le résultat change toutefois selon que l’on examine ce taux, le niveau de vie médian ou le nombre total de personnes concernées. Les données communales issues de l’Insee, reprises notamment par l’Observatoire des inégalités et MoneyVox, doivent donc être comparées avec méthode.
Les communes où le taux de pauvreté est le plus élevé
Parmi les communes citées dans les classements récents, La Réunion occupe une place importante. Salazie atteint 53 % de pauvreté, devant Sainte-Foy-la-Grande à 51 %, Cilaos à 49 % et Sainte-Rose à 48 %. Les taux les plus élevés ne se concentrent donc pas uniquement dans les grandes villes de France métropolitaine.
Parmi les communes de plus de 20 000 habitants, Roubaix et Saint-Benoît affichent chacune 46 % de pauvreté selon les données 2021 publiées par l’Observatoire des inégalités. Saint-André atteint 44 %, comme Grigny. Saint-Louis, Saint-Joseph et Le Port se situent à 43 %. En Seine-Saint-Denis, Aubervilliers, La Courneuve et Clichy-sous-Bois atteignent 42 %.
| Commune | Département ou territoire | Taux de pauvreté | Référence indiquée |
|---|---|---|---|
| Salazie | La Réunion | 53 % | MoneyVox |
| Sainte-Foy-la-Grande | Gironde | 51 % | MoneyVox |
| Cilaos | La Réunion | 49 % | MoneyVox |
| Roubaix | Nord | 46 % | Observatoire des inégalités, données 2021 |
| Saint-Benoît | La Réunion | 46 % | Observatoire des inégalités, données 2021 |
| Grigny | Essonne | 44 % | Observatoire des inégalités, données 2021 |
| Clichy-sous-Bois | Seine-Saint-Denis | 42 % | Observatoire des inégalités, données 2021 |
Ces valeurs sont très supérieures à la moyenne de 14,9 % en France métropolitaine en 2021. Elles ne signifient pas que tous les habitants de ces communes disposent du même revenu. Elles indiquent qu’une part particulièrement importante de la population se situe sous un seuil monétaire relatif.
Roubaix, Denain, Paris : trois réalités que le même mot ne résume pas
Roubaix reste une référence, sans être seule au sommet
Roubaix est souvent présentée comme la ville la plus pauvre de France. Sa situation est marquée : MoneyVox lui attribue un taux de 47,4 %, tandis que l’Observatoire des inégalités indique 46 % pour les données 2021. Elle n’arrive toutefois pas systématiquement en tête lorsque les classements incluent les petites communes, l’outre-mer ou un autre millésime. Salazie atteint ainsi 53 % dans le classement de MoneyVox.
Denain illustre une autre façon de classer les territoires. Dans le palmarès de Linternaute, fondé sur une moyenne de notes pondérées, la commune arrive première avec une note de 0,77 sur 20. Le calcul intègre notamment le revenu fiscal, le chômage, le RSA, le salaire net, la part de CDI, les entreprises, l’IFI, la CAF et la population. Boulogne-sur-Mer et Hautmont suivent avec 0,88 sur 20. Ce palmarès n’est donc pas directement comparable à un classement fondé uniquement sur le taux de pauvreté.
Les grandes villes concentrent davantage de personnes pauvres
Une ville peut afficher un taux inférieur à celui de Roubaix tout en comptant davantage de personnes pauvres. La taille de la population explique cette différence. Paris compte environ 313 350 personnes pauvres, Marseille 201 069, Toulouse 92 498, Nice 76 710 et Lyon 72 270. Les 20 communes en tête pour le nombre de personnes pauvres en regroupent environ 1,4 million, soit 15 % des personnes pauvres en France.
Dans une petite commune, la pauvreté peut concerner une large part de la population. Dans une métropole, elle peut représenter une proportion plus faible, mais toucher un nombre beaucoup plus important de ménages. Le taux renseigne sur l’intensité locale, tandis que le volume de personnes concernées aide à apprécier les besoins potentiels en logement, en accompagnement social, en accès aux soins ou en aide alimentaire.
Le taux de pauvreté : ce que mesure réellement l’indicateur
Le taux de pauvreté correspond à la proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. En France, ce seuil est fixé à 60 % du niveau de vie médian. Le niveau de vie ne correspond pas au seul salaire. Il est calculé à partir du revenu disponible du ménage, puis rapporté au nombre d’unités de consommation.
Le revenu disponible comprend les revenus d’activité, les revenus du patrimoine, les prestations sociales et les impôts directs. Les unités de consommation servent à comparer des ménages de tailles différentes. Un couple avec enfants n’a pas les mêmes dépenses qu’une personne seule, même si leurs revenus bruts sont identiques.
Pour 2023, le seuil cité est de 1 288 euros mensuels pour une personne seule et de 2 705 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. La même année, le taux de pauvreté national atteint 15,4 %, soit une hausse de 0,9 point par rapport à 2022 et 650 000 personnes supplémentaires en situation de pauvreté en France métropolitaine. Ce niveau est présenté comme le plus élevé depuis le lancement de l’indicateur en 1996.
Niveau de vie médian, taux et écart départemental : ne pas mélanger les palmarès
Le niveau de vie médian répond à une autre question. Il sépare la population en deux groupes de même importance, l’un disposant d’un niveau de vie inférieur, l’autre d’un niveau de vie supérieur. Un niveau de vie médian faible signale des revenus généralement modestes, mais ne précise pas quelle part des habitants se situe sous le seuil de pauvreté.
Lespinassière, dans l’Aude, présente ainsi un niveau de vie médian annuel de 12 420 euros, contre 25 840 euros pour la France entière. Cet indicateur permet de repérer les communes aux revenus faibles, y compris lorsque la diffusion d’un taux de pauvreté n’est pas disponible.
- Taux de pauvreté : part de la population vivant sous le seuil de pauvreté.
- Niveau de vie médian : position centrale des niveaux de vie dans une commune.
- Nombre de personnes pauvres : volume de personnes sous le seuil, fortement lié à la population totale.
- Écart avec le département : distance entre la situation communale et celle de son environnement proche.
La comparaison avec le département fait ressortir des contrastes locaux importants. Gennevilliers présente un écart de niveau de vie de -13 630 euros par rapport à son département, Villeneuve-la-Garenne de -13 480 euros et Mantes-la-Jolie de -12 150 euros. Ces écarts territoriaux peuvent disparaître dans une moyenne régionale ou départementale.
Pourquoi les classements doivent être lus avec précaution
Année, périmètre et méthode modifient les résultats
Comparer deux listes suppose de vérifier leur millésime, leur source et leur champ géographique. Une liste peut porter sur les communes de plus de 20 000 habitants, une autre sur les communes de plus de 1 000 habitants, comme celle de Linternaute, ou intégrer plus largement l’outre-mer. Une petite commune peut donc apparaître dans un palmarès et être absente d’un autre sans contradiction.
Les taux de MoneyVox reposent sur le dispositif Filosofi 2. Environ 2 000 communes disposent d’un taux de pauvreté publié sur près de 35 000 communes. L’absence de chiffre ne signifie donc pas qu’une commune est épargnée. Elle peut résulter des règles de diffusion statistique.
Arrondis et écarts à l’intérieur des villes
Les données communales sont souvent arrondies, ce qui limite la précision d’un rang exact. Le secret statistique peut aussi conduire à masquer les taux inférieurs à 5 % ou à les remplacer par 5 %. Il devient alors peu pertinent de départager finement des communes aux résultats proches.
Enfin, la moyenne d’une ville peut cacher des écarts importants entre quartiers ou arrondissements. À Marseille, le 3e arrondissement atteint 52 % de pauvreté, le 15e 44 % et le 14e 42 %. À Paris, le 19e arrondissement est à 22 % et compte environ 37 014 personnes pauvres. Un classement national constitue un point de départ pour comprendre les inégalités territoriales. Il ne remplace pas l’analyse des quartiers ni celle de l’accès réel à l’emploi, aux services publics et au logement.