Les pays les plus pauvres en 2025 : un classement qui dépend du revenu et de la PPA

Le classement des pays les plus pauvres dépend d’abord de l’indicateur choisi. Pour comparer des niveaux de revenu dans des États où le coût de la vie varie fortement, le revenu national brut par habitant ajusté en parité de pouvoir d’achat offre une base utile. Il ne suffit toutefois pas à mesurer les inégalités, l’accès à la santé, à l’eau, à l’école ou à l’alimentation.
Le classement 2025 selon le RNB par habitant ajusté en PPA
Le tableau ci-dessous présente des valeurs de revenu national brut par habitant ajusté pour 2025. La parité de pouvoir d’achat, ou PPA, corrige les écarts de prix entre les pays. Un dollar ajusté ne correspond donc pas nécessairement à un dollar effectivement gagné ou dépensé sur les marchés internationaux. Cette méthode sert à mieux estimer le pouvoir d’achat local.
| Rang | Pays | RNB par habitant ajusté en PPA | Année | Indicateur |
|---|---|---|---|---|
| 1 | République centrafricaine | 1 248 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
| 2 | Burundi | 1 361 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
| 3 | Mozambique | 1 428 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
| 4 | Soudan | 1 526 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
| 5 | Somalie | 1 578 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
| 6 | Liberia | 1 648 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
| 7 | Madagascar | 1 797 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
| 8 | Niger | 1 868 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
| 9 | République démocratique du Congo | 1 907 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
| 10 | Malawi | 2 026 dollars | 2025 | RNB par habitant ajusté |
À retenir : l’Afrique subsaharienne est très majoritaire dans ce tableau. Cela ne signifie pas que tous les pays du continent connaissent le même niveau de pauvreté. Cette concentration reflète la présence de fragilités économiques, politiques, climatiques et sanitaires dans plusieurs États de la région.
Pourquoi un autre classement peut donner un résultat différent
PIB, RNB et revenu par habitant ne recouvrent pas la même réalité
Le PIB par habitant divise la valeur de la production réalisée sur un territoire par le nombre d’habitants. Le RNB par habitant mesure plutôt le revenu reçu par les résidents. Il prend en compte certains revenus provenant de l’étranger et retranche ceux qui repartent vers l’extérieur. Les deux indicateurs sont utiles, mais ils ne donnent pas toujours le même ordre entre les pays.
Un classement fondé sur des estimations du FMI et sur le PIB par habitant en PPA place par exemple le Soudan du Sud à 716 dollars, le Burundi à 1 015 dollars, la République centrafricaine à 1 330 dollars, le Yémen à 1 675 dollars et le Mozambique à 1 729 dollars. Ces valeurs ne peuvent pas être ajoutées à celles du tableau précédent comme si elles mesuraient exactement la même réalité. L’indicateur, le périmètre et parfois l’année de référence diffèrent.
La PPA améliore la comparaison, sans effacer les écarts internes
Comparer des revenus nominaux revient à observer les montants sans tenir compte du prix d’un panier de biens et de services. La PPA cherche à corriger cet effet. Un revenu modeste peut permettre d’acheter davantage dans un pays où le logement, l’alimentation ou les transports coûtent moins cher. Cette correction ne dit cependant pas si les ménages ont réellement accès à ces biens ni si leur revenu reste stable.
Une économie peut aussi être fragilisée par une succession de chocs. Une récolte insuffisante réduit les revenus agricoles, limite les achats chez les commerçants et diminue les recettes fiscales. L’entretien des routes, des dispensaires ou des réseaux d’eau devient alors plus difficile. Un choc climatique local peut ainsi aggraver rapidement une crise alimentaire, sanitaire et budgétaire à l’échelle d’un pays.
Ce que les chiffres économiques ne montrent pas à eux seuls
L’IDH et l’IPM donnent une lecture plus humaine
L’indice de développement humain (IDH), présenté sur une échelle de 0 à 1, associe le revenu, l’espérance de vie et l’éducation. Il permet de distinguer un pays où le revenu moyen est faible, mais où certains services progressent, d’un pays où les privations sont plus généralisées.
L’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM), également présenté sur une échelle de 0 à 1, examine d’autres aspects de la vie quotidienne : conditions de logement, alimentation, scolarisation, eau potable, électricité et assainissement. Une personne peut dépasser un seuil monétaire tout en vivant sans soins accessibles, sans alimentation suffisante ou sans infrastructure essentielle.
Une moyenne nationale peut masquer de profondes inégalités
Le revenu par habitant reste une moyenne agrégée. Il ne renseigne ni sur le revenu médian, ni sur la concentration des richesses, ni sur l’importance de l’économie informelle, ni sur les écarts entre la capitale et les zones rurales. Deux personnes vivant dans le même pays peuvent donc connaître des conditions matérielles très différentes malgré une même moyenne nationale.
Dans les États où les enquêtes auprès des ménages, les recensements et les statistiques administratives sont difficiles à réaliser, l’incertitude est aussi plus forte. Une position dans un classement doit être considérée comme un repère comparatif, et non comme le portrait complet de chaque habitant.
Les mécanismes qui entretiennent l’extrême pauvreté
Les situations les plus graves résultent rarement d’une cause unique. Les conflits armés détruisent les infrastructures, provoquent des déplacements forcés et interrompent l’activité économique. Au Yémen, en guerre depuis 2015, 17,1 millions de personnes souffrent de faim ou de malnutrition et ont besoin d’aide, soit environ une personne sur deux. Au Soudan du Sud, en guerre civile depuis 2011, 9 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire et près de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
La dépendance à l’agriculture de subsistance accroît aussi l’exposition aux sécheresses, aux inondations, aux cyclones et aux variations des prix alimentaires. Au Burundi, plus de 85 % de la population dépend de cette agriculture et la malnutrition concerne plus d’un enfant sur deux de moins de 5 ans. Au Malawi, plus de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et 37 % des enfants souffrent de malnutrition chronique.
- Institutions fragiles : elles limitent la collecte de l’impôt, l’investissement public et la continuité des services de base.
- Infrastructures insuffisantes : les routes, l’électricité, le stockage et l’accès à l’eau influencent la production, les soins et la scolarité.
- Crises climatiques : elles réduisent les récoltes et aggravent l’insécurité alimentaire dans les économies rurales.
- Endettement et faible diversification : ils réduisent la capacité d’un État à absorber un choc économique ou humanitaire.
Interpréter un classement avec prudence
Pour évaluer les pays les plus pauvres du monde, il faut vérifier quatre éléments : l’indicateur choisi, l’unité utilisée, l’année de référence et l’organisme qui publie l’estimation. Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’Organisation des Nations unies et le Programme des Nations unies pour le développement proposent des approches complémentaires, mais leurs données ne sont pas interchangeables.
Les statistiques peuvent être publiées avec retard, manquer dans les États touchés par la guerre ou reposer sur des estimations lorsque les enquêtes sont impossibles. Les anciens classements sont particulièrement difficiles à comparer. En 2018, un classement fondé sur le PIB par habitant plaçait le Soudan du Sud à 223 dollars, le Malawi à 342 dollars et le Burundi à 377 dollars. Ces valeurs historiques éclairent une trajectoire, mais ne constituent pas une mesure actuelle directement comparable aux revenus ajustés de 2025.
Les écarts entre les classements ne signifient donc pas nécessairement qu’une donnée est erronée. Ils peuvent venir du choix entre PIB et RNB, de l’utilisation ou non de la PPA, du millésime retenu ou de la qualité des statistiques disponibles. Une comparaison sérieuse doit conserver ces distinctions.
Au-delà du rang, le critère décisif reste la capacité des populations à se nourrir, se soigner, apprendre et vivre en sécurité. Le revenu, l’IDH, l’IPM et les indicateurs d’accès aux services de base doivent donc être lus ensemble.